La tentation du confinement volontaire

Ecartons d’emblée l’impérieuse nécessité de retour au travail pour toute personne ayant souffert économiquement du confinement et pour qui le télétravail n’est pas une solution. Je veux parler ici de toutes les autres composantes de la vie courante libérées par le déconfinement : famille, amis, emplettes, écoles, balades etc…

On l’a bien vu, cette semaine, le vulgum pecus, recouvrant sa liberté, se rue dans les boutiques, chez son coiffeur, dans la nature, partout où il lui était impossible d’aller depuis près de deux mois. Ou plutôt, partout où les autorités l’autorisent à se rendre maintenant.

Bien que soient toujours fermés les lieux festifs, les bars, les restaurants, et ceux de culture, cinémas, salles de concert, musées, les villes trépident à nouveau et les campagnes sont prises d’assaut par tous les assoiffés d’espace et d’air pur. Les frustrations accumulées durant le confinement s’expriment. Devoir se transformer du jour au lendemain en professeur agrégé n’est sûrement pas évident pour tout le monde, redécouvrir en bien ou mal sa compagne ou son compagnon peut être psychologiquement bouleversant, et avoir eu durant deux mois pour distraction principale des infos consacrées à 99% au Covid est sans doute traumatisant. L’effervescence ambiante prouve à quel point la majorité d’entre nous a piaffé d’impatience d’en sortir.

Et pourtant… Cette période particulière a pu aussi révéler des besoins nouveaux, des affinités électives inattendues, des goûts ou passions enfouis qui ressurgissent. Prendre le temps d’identifier véritablement nos manques, en amitié, en amour, en loisirs, en bonnes raisons de nous lever le matin, cette réflexion peut amener à des conclusions insoupçonnées, inimaginables il y a deux mois, heureuses ou pas, parfois même brutales.

Les bars, les restaurants, lieux privilégiés de notre vie sociale, devraient réouvrir début juin, si les statistiques du déconfinement sont acceptables. Mais dans quelles conditions ? Finies, pour très longtemps, les bises et autres formes de contact, même une main amicale posée sur l’épaule… Interdit pour des mois ou des années le toucher que l’on croyait définitivement inscrit dans notre culture latine.

Les retrouvailles ne peuvent se justifier, du coup, que pour l’intérêt de la conversation. Le fond va devoir l’emporter sur la forme, et ça fait quand même un peu peur. Une peur qui n’a rien à voir avec celle d’être contaminé, mais avec une conscience soudain révélée de l’inconséquence d’une part de nos relations sociales du monde d’avant, de la vacuité de certaines autres. Au point de se demander enfin si les pôles d’intérêt nouveaux ou renforcés ne l’emportent pas sur quelques unes des habitudes qui nous ont portés durant des années, au point de constater l’urgence de prolonger un peu le confinement, pour faire le tri, pour décider si le mode de vie qui nous est proposé pour les mois ou les années à venir vaut vraiment la peine d’être vécu. Et vérifier s’il n’y a pas d’autres choix possibles.

Il peut être urgent de ne pas se précipiter.

Marc T.