Et la décrédibilisation de la politique créa Zemmour

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L’invraisemblable intérêt que suscite ce personnage n’est probablement pas un épiphénomène, hélas.
Certes, il demeure très clivant : un sondage récent pour Public Sénat montre qu’il fait également l’objet d’un rejet massif par près de 60% des électeurs. Mais qu’aujourd’hui 10 ou 11% d’entre eux se disent prêts à voter pour lui doit interroger l’ensemble de la classe politique.
Tout ça paraît impossible, en effet, puisque que son système de pensée repose sur deux piliers totalement délirants :
une vision d’un supposé déclin français étayée par des trucages et des fakes news d’une incroyable grossièreté,
et une thèse relative à l’islamisation de la société qui fait l’amalgame entre les musulmans et les islamistes, thèse xénophobe, contre-vérité absolue ne pouvant que conduire à la guerre civile.
Les contenus de son livre, de ses interviews ou de ses meetings, qui ne s’écartent à aucun moments des obsessions de l’auteur, montrent qu’il n’a aucun programme, qu’il est incapable de parler d’économie, que les missions régaliennes de l’Etat lui échappent totalement, même s’il montre une conception très typée de la sécurité, de nature à faire passer le Rassemblement National pour une congrégation de bisounours. Mais 10 ou 11% des électeurs sont prêts à voter pour lui. Étonnant ? Pas vraiment, et ce n’est pas terminé. Non seulement il n’a pas de programme à proposer et pour seuls arguments ces deux thèmes obsessionnels qu’il déploie de manière quasiment pathologique, mais l’homme qu’il est présente toutes les caractéristiques d’un type infréquentable

Zemmour est-il raciste ?

Contrairement aux affirmations des boutiquiers actuels des Républicains, il l’est, il est même profondément antisémite. La chaîne CNews vient d’être condamnée après qu’il ait expliqué que les migrants étaient « des voleurs, des assassins et des violeurs ». Rappelons qu’être raciste c’est aussi attribuer à toute une population les caractéristiques de quelques individus. La liste serait trop longue, mais le simple fait qu’il ait proposé, il y a 48 heures, d’abolir les lois contre les injures et les actes racistes situe, s’il en était besoin, sa pensée sur le sujet.
Dire qu’il est antisémite relève de l’euphémisme et son argumentation récente sur les juifs français qui auraient été protégés par Pétain prouve bien à quel point il falsifie l’histoire et n’hésite pas à se vautrer dans l’ignominie.

Zemmour est-il homophobe ?

Il l’est bien sûr, et les preuves sont aussi nombreuses qu’accablantes. En voici deux : il considère que l’homosexualité est un choix déviant, et il a expliqué lors d’un débat sur la PMA que « soit on couche avec l’autre sexe et on fait des enfants, soit on ne couche pas avec l’autre sexe et on n’a pas d’enfants” en qualifiant les désirs d’enfant chez les couples homosexuels de caprices

Zemmour est-il misogyne ?

Oui et ça transparaît dans nombre de ses propos. Voici une de ses citations célèbres, parmi d’autres, mais éclairante : « À chaque fois que des femmes arrivent en masse dans une profession, la profession se déconsidère, se prolétarise. » Est-il possible d’être plus méprisant à l’égard des femmes ? Non, bien sûr.

Raciste, antisémite, homophobe, misogyne, avec pour tout programme deux obsessions à un stade qui relève plus de la médecine que de la politique, voilà donc qui est ce monsieur. 

Mais 10 à 11% des électeurs sont malgré tout prêts à voter pour lui

Qui sont-il ?
Pour l’essentiel, ils arrivent de l’extrême droite. Zemmour siphonne chez Le Pen et exclut Dupont-Aignan de la compétition. Il semble également que la poursuite de l’effondrement de Mélenchon soit partiellement dûe à la percée du polémiste.
Sont-ils tous racistes, homophobes et misogynes ? Non, bien sûr ! Enfin… tous ne cumulent pas toutes les tares de leur héros ! Il ressort des enquêtes qu’ils sont d’un niveau scolaire et universitaire plutôt faible, et l’on peut noter qu’aucun intellectuel connu ou reconnu comme important ne soutient Zemmour.
En réalité, ses électeurs potentiels sont en rupture avec la politique, démobilisés par l’absence de projet commun, de vision leur offrant l’espoir d’un avenir apaisé, prospère et juste. Il s’agit d’une position de refus et non pas d’acceptation. Refus de proroger une classe politique qui non seulement ne les fait pas rêver, mais les désespère en leur donnant le sentiment de les ignorer, de laisser s’installer le déclin dont ils sont les principales victimes. Ce déclin sur lequel Zemmour surfe à longueur de journées, de livres, de meetings, puisqu’il ne sait faire que ça, en leur expliquant qu’avec la classe politique actuelle, la faillite économique mais surtout morale serait inéluctable.
Il semble plutôt que la déshérence des partis dits « de gouvernement », à droite comme à gauche, soit le principal responsable de ce processus mortifère. Absence de projet, absence de leaders ayant à la fois une vision et le charisme pour la partager. La politique, la vraie, semble ne plus intéresser grand monde : les ventes du bouquin de Zemmour sont 500 fois supérieures à celles de celui d’Hidalgo. Et les intentions de vote pour un polémiste populiste sans programme sont deux fois supérieures à celles de la probable candidate du PS ! Mitterrand doit se retourner dans sa tombe…

Pour autant, il y a fort à parier que Zemmour ne sera pas candidat et que ses fans actuels se sentiront un peu cocufiés. Rien ne dit en effet qu’il aura les 500 signatures nécessaires pour cela. Et financer une campagne présidentielle sans parti n’est pas simple. Macron l’a fait en 2017 car les banques l’ont suivi et qu’il n’y avait aucun risque que les frais de campagne ne soient pas remboursés. Mais suivre Zemmour serait pour un banquier hexagonal une forme de compromission difficile à assumer. Et Poutine a beau ne pas aimer Macron, il a déjà donné à Le Pen !
Aujourd’hui notre polémiste médiatisé à outrance vend son livre, et son incroyable tournée promotionnelle est favorisée par la complaisance coupable de très nombreux journalistes qui ne rêvent que d’audience ou de lecteurs. Demain, il devrait renoncer à la campagne et être réintégré par les médias où il a son rond de serviette, médias à l’éthique peu scrupuleuse, mais ça, nous le savons tous.
Ce ne sera pas très grave. Les cocus iront voter Le Pen ou Mélenchon ou peut-être Xavier Bertrand et ce sera sans conséquence.
Non, ce qui serait grave, c’est que la classe politique ne parvienne pas à enfin se renouveler, qu’elle persiste à ne pas susciter d’adhésion à un projet, à ne pas dessiner d’horizon un tant soit peu radieux, à ne pas faire émerger un vrai leader capable de concurrencer l’actuel Président de la République qui doit se sentir bien seul, et c’est dommage.

Ce renouvellement est pourtant la condition pour que cessent de prospérer dans le débat public des personnages qui ne présentent objectivement aucune des qualités nécessaires pour cela. Pour que le simplisme, les obsessions sécuritaires ou les idées nauséabondes cessent de séduire 10% de la population, et d’abuser de sa crédulité.

Marc T.

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