Politique et vocabulaire

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J’aurais aimé pouvoir partager la chronique de Joy Sorman publiée dimanche dernier dans La Montagne.
Elle n’a pas été reprise sur le site du journal, et cela n’a donc pas été possible.

Cette chronique avait pour titre « Les Grands Mots », et se livrait à une critique sévère de la parole politique, notamment en période électorale. Cette parole qui enfle, se boursoufle, et développe une pathologie du langage via une « mise en majuscules abusive », et manipule les mots.
La littérature peut, parfois, être politique, mais le discours politique n’est pas de la littérature. Il dit le mot pour le mot, use et abuse de l’emphase, et finit par le vider de son sens. Le discours politique, nous dit Sorman, est « plein de lui-même, tout comme les femmes et les hommes politiques sont pleins d’eux-mêmes, et il le faut pour se lancer dans de telles carrières ». Les Grands Mots, Nation, Peuple, Identité, Laïcité, Liberté, Justice etc… constituent la structure même du langage politique le plus souvent de manière désincarnée, à l’opposé donc, de la littérature qui se méfie des mots vides ou banals, qui veille à préserver leur sens sans recourir, entre autres pratiques abusives, à la mise en majuscule.

Sans doute Joy Sorman va-t-elle un peu trop loin en convoquant la littérature pour critiquer le langage politique. Dans l’histoire, les discours affichant une véritable valeur littéraire sont extrêmement rares. Parler de manipulation du vocabulaire eut sans doute été suffisant, et du niveau de l’objet de la critique. L’écrivain de génie qu’était Victor Hugo n’avait nul besoin d’artifices pour sublimer le sens des mots tout en faisant de la politique. Mais n’est pas Hugo qui veut.
L’emphase, jusqu’à la manipulation, est sans doute dans l’air du temps où le spectaculaire l’emporte sur le fond, comme le titre sur le contenu d’un article. Il suffit pourtant de lire Jaurès ou Clemenceau pour constater que « l’onanisme langagier » dont parle Sorman ne date pas d’aujourd’hui… Nous avons un besoin absolu de littérature, et on peut, si l’on veut, le déplorer, mais c’est ainsi : nous avons aussi un besoin vital de ces gens « pleins d’eux-mêmes » sans qui l’organisation de nos sociétés ne serait plus possible, sans qui la démocratie serait en danger.

La politique nous paraît de moins en moins enthousiasmante mais celles et ceux qui la font ne sont pas les seuls coupables. Certains médias et les réseaux sociaux ont une responsabilité écrasante dans ce processus de dévalorisation, et facilitent l’émergence d’usurpateurs dont la manipulation par le verbe est la spécialité.
Tous les langages politiques ne se valent pas, et il est de notre responsabilité de faire le tri.
Il en va de la survie de la démocratie.

Marc T.

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